La Corée est un pays extrême-oriental, une péninsule prise en sandwich entre la Chine et le Japon, séparée de l’un et de l’autre par, respectivement, la mer Jaune et la mer du Japon, et surplombée par la Mongolie, un "lapin qui regarde à l’ouest" (c’est ce qu’évoquent ses contours géographiques).
Les Coréens (à Séoul en tout cas) découvrent le cinéma à la fin du 19e siècle. La date officielle de la naissance du cinéma coréen est le 27 octobre 1919 : "Juste vengeance" (10’), ciné-drame (qui mêle théâtre et cinéma).Ce film, ainsi que d’autres, fait appel à la conscience nationale - la nation étant représentée par une jeune fille violentée - dans un pays colonisé. L’oppression va se durcir à l’entrée en guerre du Japon et les cinéastes doivent réaliser des films pro-japonais.
À la fin de la guerre mondiale, l’enthousiasme de la libération va se répandre dans le cinéma, puis s’estompe pour laisser place à la réflexion. La guerre de Corée interrompt la production cinématographique, qui ne reprendra qu’en 1953, au sud d’un côté (celui auquel nous avons accès), au nord de l’autre (dont nous ignorons à peu près tout).
En 1969, c’est le coup d’état de Pak Chonghui, la politique oppressive, censure, destruction de l’industrie cinématographique et, en 1972, la Constitution de Yusin entre en vigueur, donnant le pouvoir absolu au président de la « république ». Pour le cinéma : système d’autorisation pour la fondation d’une société de production ; la production indépendante ou individuelle est interdite - les producteurs indépendants comme ceux des USA ou du Japon sont soumis à des sanctions judiciaires et la distribution de ces films devient illégale -, obligation aux sociétés de production autorisées de produire au minimum quatre films par an avec contrôle des sujets (censure).
En 1986-1987, la Corée du Sud connaît d'important bouleversements politiques avec l'ouverture à la démocratie, une démocratie ultra-libérale. La loi sur la production est révisée, le système des ‘screen-quotas' est instauré (146 jours de films coréens par an projetés en salles). Ce système va connaître des modifications (suppression, réhabilitation, variation du nombre de jours) et reste précaire en raison de la pression états-unienne qui pèse de tout son poids (qui n'est pas plume).
La situation économique actuelle du cinéma coréen ressemble à celle qu'a connue Hong Kong il y a quinze ans.
Artistiquement cependant, contrairement au cinéma de Hong Kong, fondé sur la tradition des arts martiaux, le cinéma coréen ne s'est pas constitué à partir de genres qui se distingueraient du reste du cinéma mondial.
Sa principale originalité est le mélodrame confucéen, bien différent de ce qu'on connaît du mélodrame par ailleurs.A travers l'exposé des contradictions d'un sujet (souvent fidélité ou infidélité conjugale), nées d'un conflit avec les pressions morales imposées par la vie en société, le mélodrame instruit le dossier, défend certaines valeurs, propose quelques amendements au gré de l'évolution des moeurs, tout en prônant la noblesse et la pureté de sentiments, quitte à dénier toute réalité au désir sexuel.
Le mélodrame historique a, quant à lui, pour tâche d'exprimer une émotion, le "Han", élevée au rang de conscience nationale et où se mêlent amertume et rancoeur au terme de sacrifices non récompensés. Un état d'esprit qui résume l'histoire du pays, des invasions japonaises à la partition actuelle.
Une autre ligne, plus récente, du cinéma coréen a opté pour un tableau inversé où l'activité sexuelle est l'argument majeur des films. L'activité des corps devient un édifice cru, filmé sans fiorirtures, qui sous-tend les enjeux complexes du désir humain, intime et social.
À l’instar du Japon (voir le film "Battle Royale" par exemple), le système éducatif coréen laisse songeur, du moins à travers ce que nous en montrent les films qui nous parviennent.