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Le genre Wu Xia Pian

Plongeant ses racines dans la littérature classique chinoise (romans fondateurs : Au bord de l'eau ; Les Trois Royaumes... puis les romans contemporains), les légendes et l'inconscient collectif chinois - ainsi que le ballet de Pékin pour l'aspect visuel, le wu-xia-pian s'appuie sur l'opposition entre le Jiang Hu (monde rigide et normalisé) et le Wu Lin, monde de l'art martial, auquel il faut ajouter le Lu Lin, monde des hors-la-loi, qu'il faut lire comme "marginaux", "associaux". Ces hors-la-loi sont les héros du wu-xia, chevaliers pour la plupart épéistes, symbolisant la liberté, le code de l'honneur et l'opposition au pouvoir totalitaire, dans une Chine fantasmée. Le plus souvent ils luttent contre un opresseur, ou pour faire montre de leur maîtrise des arts martiaux. Il existe beaucoup de courants à l'intérieur du genre : wu-xia classique, érotique, horrifique, comique, fantastique (tendance Dragon Ball, inspiré des mangas), et "techno": auparavant suggéré par le montage, les envols spectaculaires et caractéristiques des chevaliers sont maintenant simulés sur ordinateur.

C'est un genre ancien, puisque les premiers wu xia pian, s'appuyant sur une tradition littéraire millénaire de récits de chevalerie, sont tournés dans les studios de Shanghai au cours des années vingt - les historiens considèrent généralement The Nameless Hero, qui date de 1926, comme le premier wu xia pian  authentique.
Le genre devient après-guerre une spécificité de la production hongkongaise, les autorités communistes de la Chine continentale le tenant pour une forme culturelle rétrograde.
Le wu xia pian connaît son véritable âge d'or, aussi bien commercial qu'artistique, durant les années soixante, essentiellement grâce aux films produits par la compagnie Shaw Brothers et réalisés par les deux plus grands auteurs, les deux figures emblématiques du genre, Chang Cheh et King Hu (qui ne tarde pas à prendre son indépendance et à partir tourner ses films à Taiwan). Au début des années soixante, les producteurs hongkongais, désireux de renouveler les formules du wu xia pian, étudièrent de près les films japonais de chambara, et leur " empruntèrent " nombre d'éléments formels et scénaristiques. The One Armed Swordsman est à ce titre assez exemplaire, puisqu'il ne fait aucun doute que son personnage de sabreur manchot est directement inspiré de Zatoichi, le masseur et épéiste aveugle, héros d'une série de vingt-six films initiée en 1962 par le réalisateur Kenji Misumi - la firme qui distribuait à l'époque les Zatoichi  dans la colonie britannique n'était d'ailleurs autre que la Shaw Brothers elle-même. The Blade se fait l'écho de ce lien originel entre le chambara et le nouveau wu xia pian des années soixante par le biais des quelques références au cinéma de genre japonais que Tsui Hark glisse dans son film, comme autant d'indices à l'intention du spectateur cinéphile.
Au début des années soixante-dix, le genre est détrôné au box-office par les films de kung-fu - The Big Boss, le film de Lo Wei qui fait de Bruce Lee une immense star, sort en 1971.Le wu xia pian est en fait l'un des genres essentiels de la production hongkongaise, l'une des deux formes du cinéma d'arts martiaux (l'autre étant bien sûr le kung-fu, plus connu en Occident grâce aux films interprétés par Bruce Lee ou Jackie Chan).

Le genre Chambara

Le ken-geki, film de sabre japonais et genre très populaire au Japon, a connu divers hauts et bas au cours de son histoire. Rebaptisé chambara, (contraction des onomatopées chan-chan bara-bara, bruit supposé d'un sabre tranchant la chair), le genre regroupe une grande variété de films.

Le genre obéit à des codes très précis dans l'intrigue, les personnages et la forme :
  *Le héros est un combattant solitaire qui doit suivre le Bushido (Voie du Guerrier), un code d'honneur dont l'irrespect entrainait le seppuku. Il peut être un samuraï ou un ronin, c'est à dire un paria. Caste des nobles au Japon durant de nombreux siècles, les samurais sont des guerriers maniant le katana avec agilité et adresse. Leurs techniques d'escrime ont alimenté de nombreux fantasmes et nourri l'imaginaire collectif sous de nombreux aspects : le samurai fidèle à son maître, respectant à la lettre le code du bushido, le ronin sans attaches, craint et conspué mais noble d'âme et même parfois moines bouddhistes se battant à mains nues ou avec diverses armes non-nobles (bâton, kama, etc.).
  *Le Chambara met en scène des combats à la rythmique particulière, jouant sur la pose et la pause, les contre-temps et la vitesse d'exécution des coups de sabre.
  *Motif indispensable, le genre se doit de regorger de sang jusqu'au débordement.

Comme c'est souvent le cas pour le cinéma japonais dans son ensemble, le Chambara descend directement d'une tradition théâtrale. Le genre devient très populaires dans les années 1920 jusqu'à la 2ème Guerre Mondiale. La pause historique devient une parenthèse cinématographique, les temps et les esprits sont moroses. Dès la fin de la Seconde Guerre Mondiale, les Américains contrôlent le Japon et interdisent la production de Chambara, genre jugé apte à ressusciter le nationalisme fanatique du pays.Après la pause due à la guerre, le Chambara renait en 1954 grace au film de Kurosawa Les Sept Samourais. Il mélange le film d'époque et le film de sabre ce qui rend le film plus accessible notamment pour le public occidental. Le Chambara influence les réalisateurs occidentaux. Cela se traduit par des reprises comme Les Sept Mercenaires de John Sturges reprenant Les Sept Samourais. Sergio Leone avec Pour une poignée de dollars (1965) et George Lucas dans La Guerre des étoiles doivent également au combat de sabre japonais. Plus récemment, le genre a connu des succès importants avec Zatoichi (2003) de Takeshi Kitano et avec Kill Bill de Tarentino.

Le cinéma coréen

La Corée est un pays extrême-oriental, une péninsule prise en sandwich entre la Chine et le Japon, séparée de l’un et de l’autre par, respectivement, la mer Jaune et la mer du Japon, et surplombée par la Mongolie, un "lapin qui regarde à l’ouest" (c’est ce qu’évoquent ses contours géographiques).

Les Coréens (à Séoul en tout cas) découvrent le cinéma à la fin du 19e siècle. La date officielle de la naissance du cinéma coréen est le 27 octobre 1919 : "Juste vengeance" (10’), ciné-drame (qui mêle théâtre et cinéma).Ce film, ainsi que d’autres, fait appel à la conscience nationale - la nation étant représentée par une jeune fille violentée - dans un pays colonisé. L’oppression va se durcir à l’entrée en guerre du Japon et les cinéastes doivent réaliser des films pro-japonais.
À la fin de la guerre mondiale, l’enthousiasme de la libération va se répandre dans le cinéma, puis s’estompe pour laisser place à la réflexion. La guerre de Corée interrompt la production cinématographique, qui ne reprendra qu’en 1953, au sud d’un côté (celui auquel nous avons accès), au nord de l’autre (dont nous ignorons à peu près tout).
En 1969, c’est le coup d’état de Pak Chonghui, la politique oppressive, censure, destruction de l’industrie cinématographique et, en 1972, la Constitution de Yusin entre en vigueur, donnant le pouvoir absolu au président de la « république ». Pour le cinéma : système d’autorisation pour la fondation d’une société de production ; la production indépendante ou individuelle est interdite - les producteurs indépendants comme ceux des USA ou du Japon sont soumis à des sanctions judiciaires et la distribution de ces films devient illégale -, obligation aux sociétés de production autorisées de produire au minimum quatre films par an avec contrôle des sujets (censure).
En 1986-1987, la Corée du Sud connaît d'important bouleversements politiques avec l'ouverture à la démocratie, une démocratie ultra-libérale. La loi sur la production est révisée, le système des ‘screen-quotas' est instauré (146 jours de films coréens par an projetés en salles). Ce système va connaître des modifications (suppression, réhabilitation, variation du nombre de jours) et reste précaire en raison de la pression états-unienne qui pèse de tout son poids (qui n'est pas plume). La situation économique actuelle du cinéma coréen ressemble à celle qu'a connue Hong Kong il y a quinze ans.

Artistiquement cependant, contrairement au cinéma de Hong Kong, fondé sur la tradition des arts martiaux, le cinéma coréen ne s'est pas constitué à partir de genres qui se distingueraient du reste du cinéma mondial.
Sa principale originalité est le mélodrame confucéen, bien différent de ce qu'on connaît du mélodrame par ailleurs.A travers l'exposé des contradictions d'un sujet (souvent fidélité ou infidélité conjugale), nées d'un conflit avec les pressions morales imposées par la vie en société, le mélodrame instruit le dossier, défend certaines valeurs, propose quelques amendements au gré de l'évolution des moeurs, tout en prônant la noblesse et la pureté de sentiments, quitte à dénier toute réalité au désir sexuel.
Le mélodrame historique a, quant à lui, pour tâche d'exprimer une émotion, le "Han", élevée au rang de conscience nationale et où se mêlent amertume et rancoeur au terme de sacrifices non récompensés. Un état d'esprit qui résume l'histoire du pays, des invasions japonaises à la partition actuelle.
Une autre ligne, plus récente, du cinéma coréen a opté pour un tableau inversé où l'activité sexuelle est l'argument majeur des films. L'activité des corps devient un édifice cru, filmé sans fiorirtures, qui sous-tend les enjeux complexes du désir humain, intime et social.
À l’instar du Japon (voir le film "Battle Royale" par exemple), le système éducatif coréen laisse songeur, du moins à travers ce que nous en montrent les films qui nous parviennent.

Le cinema japonais

Le cinéma japonais connait les même débuts que tous les autres, notamment sur le plan technique.“Ginzagai” (1899) – Le Boulevard de Ginza – fut considéré comme le premier vrai film japonais. Sans scénario précis, ce film est un documentaire filmant le quartier de Ginza.
Dans les années qui suivirent, le cinéma japonais , marriant techniques modernes et arts traditionnels, enfanta son style propre, grandement influencé par le théatre Kabuki et ceci persista jusqu’en 1918.
En 1918, le cinéma japonais se libère progressivement de l’emprise du Kabuki; les oyama (acteurs specialisés jouant le rôle des femmes dans le Kabuki) sont remplacés par de vraies actrices.
C’est en 1931 qu’est projeté le premier film parlant japonais: Madamu to Nyobo de Gosho Heinosuke. Bien que le muet compte encore ses partisans, le parlant, en l’espace de 5 ans, se verra majoritaire dans les salles de projection.
En 1937, le militarisme japonais exerce un contrôle drastique sur la production cinématographique qui pousse à la propagande et aux oeuvres à la gloire de l’Empire. Quelques indépendants resteront néanmoins fidèles à leur style. Parmi les films produits pendant la guerre, beaucoup focalisaient sur la bravoure des soldats pendant la guerre en Chine, mais également l’esprit d’équipe et le sens de l’honneur.
Apres la guerre, le cinéma japonais se déchaine contre l’impérialisme, thème qui restera constant jusqu’en 1950, avec le soutien financier des américains.La rancoeur des japonais à l’encontre de l’impérialisme fut très vite rattrapée et remplacée par le traumatisme provoqué par les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki mais également par la présence des troupes américaines sur le territoire japonais. (Les enfants d’Hiroshima, Buta to Gunkan…) C’est également dans ce meme contexte que fut exploité le style dit intimiste et familial, le shomin geki dont le fil directeur est “le sens de la résignation, de l’inutilité de la revolte, du temps qui passe sans espoir de retour ou d’une vie meilleure”.
La science fiction fait également ses premiers pas, avec pour thèmes fétiches les conséquences destructrices de l’usage du nucléaire. On ne peut manquer de citer l’incontournable Godzilla (1954) et ses suites interminables.
A la fin des années 50, les japonais croyaient être une nation pauvre, ce qui explique la grande quantité de films traitant de la pauvreté, mais également des premières victimes de cette pauvreté: la jeunesse qui, grandissant dans un environnement moderne aux influences occidentales se bousculent et se mélangent aux moeurs, créant des fractures béantes entre les générations. Il en resulte une jeunesse intimement déboussolée et qui fera le thème de nombreux long-métrages (appelés seishun eiga).
Dans les années 60, les japonais prennent conscience de leur développement économique à l’échelle internationale. Le cinéma s’attaque alors au monde des affaires. Les films de Yakuza sont produits à la chaine; on passe du mélo social au film de gangster dans lequel le “méchant” symbolise le mauvais côté du capitalisme, celui qui detruit l’esprit de coopérative traditionnel cher aux japonais.
La science fiction, exploitée dès les années 50, se retrouve dans le boke mono ou histoires de fantomes.
Dans les annees 80 , alors que la crise économique s’amorce et que la belle époque des années soixantes devient un doux souvenir, le cinéma se fera le reflet de l’incertitude des japonais incapables de donner une idée des temps actuels ou à venir.

Le cinéma chinois

La première projection d'un film en Chine date de 1896, soit un an seulement après celle des frères Lumières. La première trace de document filmé chinois est La montagne Dingjun filmé en 1905. Il est composé de trois scènes de l'Opéra de Pékin autour du chanteur Tan Xinpei.
Pendant la décennie suivante les compagnies de production appartiennent principalement à des étrangers. L'industrie chinoise démarre en 1916 autour de Shanghai qui est alors la plus grande ville de l'Asie de l'est. Cette date tardive s'explique par la situation politique interne très troublée par des révolutions et des troubles.A cette époque, les nationalistes et les communistes luttent pour contrôler les studios principaux et influencer le contenu des films produits. Les nationalistes produisent principalement des films de divertissement contrairement aux progressifs issus du Mouvement du 4 mai 1919 qui mettent en avant des personnages pauvres et exploités dans des films dits "sociaux".
Le genre social est progressivement remplacé par les films historiques de baishi pian puis par les films en costumes du guzhuang pian et enfin les films de capes et épées du Wu Xia Pian.
Les années 1930 sont considerées comme le premier age d'or du cinéma chinoisShanghai est véribablement le centre de la production chinoise même si des pôles se développent autour de Canton et de Pékin.L'invasion japonaise et en particulier l'occupation de Shanghai met fin à l'age d'or. Toutes les compagnies de production excepté Xinhua ferment leurs portes et de nombreux réalisateurs partent pour Hong Kong et les autres endroits encore sous influence nationaliste ou communiste.
Après sa prise du pouvoir en 1949, le gouvernement communiste considère le cinéma comme un moyen artistique important pour la propagande. A partir de 1951, les films antérieurs à 1949 et la production hollywoodienne et hongkongaise est interdit par le parti communiste qui souhaite durcir son contrôle sur les médias de masse
Les années précédant immédiatement la fin de la Révolution culturelle sont marquées par la renaissance du cinéma chinois comme médium de divertissement populaire. Dans les années 1980, l'industrie connait cependant des difficultés. Elle est confrontée à la compétition avec les autres formes de divertissment et un contrôle des autoritées étatiques est loin d'avoir disparu. La
génération de cinéaste qui apparait  autour de l'Université de Cinéma de Pékin, s'écarte des méthodes cinématographiques traditionnelles pour une approche plus libre et moins commerciale qui se rapproche du cinéma d'auteur à la française. Tous ces films rencontrent un écho critique et commercial très favorable en occident. Ce succès peut pousser le gouvernement à autoriser la diffusion de ces films en Chine. Mais la censure reste forte.
Depuis la fin des années 1900 et notamment depuis la rétrocession de Hong Kong à la Chine en 1997, les liens entre les différents cinémas en langue chinoise se sont developpés. C'est notamment le cas avec des super-productions rassemblant des stars de tout le monde chinois. Ainsi Tigre et Dragon réalisé par le taiwanais Ang Lee a des acteurs taiwanais mais également chinois et hongkongais. Dans la même veine on peut citer Le Secret des Poignards Volants et Hero réalisés par le continental Zhang Yimou.

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