Le phenomène Otaku
Otaku (おたく en hiragana, オタク en katakana, ou お宅 en faisant usage du kanji) est un terme japonais composé de la préposition honorifique « o » (お) et du substantif « taku » (宅) signifiant maison, demeure, le chez-soi. Originairement, cette expression n'avait pas le sens qu'on peut lui connaître maintenant : otaku, en japonais, c'est « votre maison », et donc par extension, une façon polie de vouvoyer son interlocuteur. Il semblerait que cette tournure ait été très prisée parmi les amateurs d'animation et de manga, et par extension, que le sens du terme ait évolué pour désigner aujourd'hui toute personne se consacrant à un hobby, le plus souvent fait en intérieur — le terme a par la suite acquis une connotation péjorative. Il désigne aujourd'hui (du moins en français) une personne qui se replie sur elle-même et ne vit plus que pour une passion : poupée, culte d'une « idole » (une jeune chanteuse par exemple), ordinateur (nerd), jeu vidéo (hardcore gamer), etc... Notons qu'en japonais, la graphie permet de distinguer les deux emplois : お宅 (otaku), c'est « chez vous », alors que オタク(otaku), c'est le passionné monomaniaque dont il est question dans cet article.
À l’origine le terme d’otaku désigne les individus ayant vécu durant la période de prospérité économique des années 60 au Japon, phase durant laquelle le consumérisme excessif prend son envol. Ces individus (pour la plupart des enfants à l’époque) ont eu tendance à se renfermer sur eux même suite aux pressions de l’entourage, que ce soit au niveau familial avec la mère (complexe d’Ajasé [Mis en évidence par le premier psychanalyste japonais, le Dr Kosawa, en référence à la mythologie Bouddhique dans laquelle Ajasé, un roi, désirait tuer sa mère.]), ou au niveau scolaire avec les camarades (ijimé [Terme désignant les brimades violentes entre camarades de classe]). Cet entourage souhaite avant tout la réussite scolaire au détriment de l’époque de l’enfance, de son insouciance. Ceci a donc amené ces otaku à se mettre en marge du reste de la société et à se réfugier dans l’univers des manga.D’une manière générale, il s’agit de pouvoir réaliser, par le biais de leur imaginaire, ce qu’ils ne sont pas capables de faire dans le monde réel. D’où la réponse récurrente à la question « pourquoi ne pas vivre une vie comme tous le monde ? » : « Pourquoi faire ? Pourquoi accepter un consensus qui nous a toujours exclus ? ».
En effet, le développement des nouveaux moyens de communication a contribué à développer une véritable communauté otaku qu'il est fréquent de voir se réunir physiquement au sein de clubs ou d'associations, voire organiser des manifestations de promotion de leur passion. Ces groupes sont d'ailleurs devenus de véritables acteurs économiques au poids considérable. L’otakisme accompagne le cyberpunk par ses valeurs, ses choix, comme la remise en cause de l’individu au sein d’une société de consommation et tous ce qui peut suivre... Évidemment tous les otaku ne vont pas dans ce sens, mais une bonne partie a accompagné cette contre-culture...
L’otakisme japonais demeure donc un phénomène de société, au même titre que le suicide. Il n’est que très rarement compris mais prend de plus en plus d’importance au sein de la société, notamment dans les grandes villes tel que Tokyo.
Il faut toutefois noter qu'un terme plus récent commence à s'imposer préférentiellement pour décrire une personne qui reste cloîtrée chez elle, celui d'Hikikomori.



